Mardi 29 janvier 2008

L'âme du vin



Un soir, l'âme du vin chantait dans les bouteilles :
" Homme, vers toi je pousse, ô cher déshérité,
Sous ma prison de verre et mes cires vermeilles,
Un chant plein de lumière et de fraternité !

Je sais combien il faut, sur la colline en flamme,
De peine, de sueur et de soleil cuisant
Pour engendrer ma vie et pour me donner l'âme ;
Mais je ne serai point ingrat ni malfaisant,

Car j'éprouve une joie immense quand je tombe
Dans le gosier d'un homme usé par ses travaux,
Et sa chaude poitrine est une douce tombe
Où je me plais bien mieux que dans mes froids caveaux.

Entends-tu retentir les refrains des dimanches
Et l'espoir qui gazouille en mon sein palpitant ?
Les coudes sur la table et retroussant tes manches,
Tu me glorifieras et tu seras content ;

J'allumerai les yeux de ta femme ravie ;
A ton fils je rendrai sa force et ses couleurs
Et serai pour ce frêle athlète de la vie
L'huile qui raffermit les muscles des lutteurs.

En toi je tomberai, végétale ambroisie,
Grain précieux jeté par l'éternel Semeur,
Pour que de notre amour naisse la poésie
Qui jaillira vers le ciel comme une rare fleur ! "




Charles BAUDELAIRE
par le bar sven publié dans : poesie
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Dimanche 27 janvier 2008

Nocturne
 
Étoile du soir, ô toi qui ramène
Ce qu'a dispersé le clair jour naissant,
Voici que chèvre et brebis tu ramènes,
et à la mère son enfant.

L'eau fraîche murmure à l'entour,
Parmi les pommiers parfumés,
Et les feuilles où le vent court,
Le sommeil pour nous a glissé.

Les étoiles autour de la splendeur lunaire,
Cachent à nouveau leur clarté
Lorsque d'un vif éclat elle revient briller,
En son plein, au-dessus de l'ombre de la Terre.

La lune s'est couchée, Les Pléiades aussi.
Il est minuit, l'heure est passée,
Je suis seule étendue ici.

Le rossignol charmeur annonce le printemps

 
sapho

par le bar sven publié dans : poesie
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Lundi 14 janvier 2008

Apres le succes du sonnet du trou du cul de d'Arthur Rimbaud je ne resiste pas à la tentation de partager avec vous cette oeuvre de Georges Sand


Lettre de George Sand à Alfred de Musset

 

 


Je suis trés émue de vous dire que j'ai
bien compris l'autre soir que vous aviez
toujours une envie folle de me faire
danser. Je garde le souvenir de votre
baiser et je voudrais bien que ce soit
là une preuve que je puisse être aimée
par vous. Je suis prête à vous montrer mon
affection toute désintéressée et sans cal-
cul, et si vous voulez me voir aussi
vous dévoiler sans artifice mon âme
toute nue, venez me faire une visite.
Nous causerons en amis, franchement.
Je vous prouverai que je suis la femme
sincère, capable de vous offrir l'affection
la plus profonde comme la plus étroite
en amitié, en un mot la meilleure preuve
que vous puissiez rêver, puisque votre
âme est libre. Pensez que la solitude oú j'ha-
bite est bien longue, bien dure et souvent
difficile. Ainsi en y songeant j'ai l'âme
grosse. Accourrez donc vite et venez me la
faire oublier par l'amour où je veux me
mettre.

 
George Sand



ps: ily a une subtilité pour la lecture de ce texte, lire une ligne sur deux ;-)
par le bar sven publié dans : poesie
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Lundi 7 janvier 2008

Pour en finir avec cet episode "gazeux" je vous livre un morceau de choix produit par Arthur Rimbaud :


 Le Sonnet du Trou du Cul


Obscur et froncé comme un oeillet violet
Il respire, humblement tapi parmi la mousse
Humide encor d'amour qui suit la pente douce
Des fesses blanches jusqu'au bord de son ourlet.

Des filaments pareils à des larmes de lait
Ont pleuré, sous l'autan cruel qui les repousse,
À travers de petits caillots de marne rousse,
Pour s'en aller où la pente les appelait.

Ma bouche s'accoupla souvent à sa ventouse ;
Mon âme, du coït matériel jalouse,
En fit son larmier fauve et son nid de sanglots.

C'est l'olive pâmée, et la flûte caline ;
C'est le tube où descend la céleste praline :
Chanaan féminin dans les moiteurs éclos !
par le bar sven publié dans : poesie
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Samedi 5 janvier 2008
C

J'ai traversé les ponts de Cé
C'est là que tout a commencé

Une chanson des temps passés
Parle d'un chevalier blessé

D'une rose sur la chaussée
Et d'un corsage délacé

Du château d'un duc insensé
Et des cygnes dans les fossés

De la prairie où vient danser
Une éternelle fiancée

Et j'ai bu comme un lait glacé
Le long lai des gloires faussées

La Loire emporte mes pensées
Avec les voitures versées

Et les armes désamorcées
Et les larmes mal effacées

O ma France ô ma délaissée
J'ai traversé les ponts de Cé


Louis ARAGON
Les Yeux d'Elsa, 1942
par le bar sven publié dans : poesie
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Jeudi 3 janvier 2008

Tristesses de la lune

Ce soir, la lune rêve avec plus de paresse ;
Ainsi qu'une beauté, sur de nombreux coussins,
Qui d'une main distraite et légère caresse
Avant de s'endormir le contour de ses seins,

Sur le dos satiné des molles avalanches,
Mourante, elle se livre aux longues pâmoisons,
Et promène ses yeux sur les visions blanches
Qui montent dans l'azur comme des floraisons.

Quand parfois sur ce globe, en sa langueur oisive,
Elle laisse filer une larme furtive,
Un poète pieux, ennemi du sommeil,

Dans le creux de sa main prend cette larme pâle,
Aux reflets irisés comme un fragment d'opale,
Et la met dans son coeur loin des yeux du soleil.

Charles BAUDELAIRE (1821-1867)
(Les fleurs du mal)
   
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Samedi 29 décembre 2007
Opium

Dans le port de Saïgon gong
Est une jonque chinoise
Mystérieuse et sournoise
Dont on ne sait pas le nom

Et le soir dans l'entrepont
Quand la nuit se fait complice
Les Européens se glissent
Cherchant des coussins profonds

Opium ! Poison de rêve
Fumée qui monte au ciel
C'est toi qui nous élève
Aux paradis artificiels

Je vois le doux visage
Les yeux de mon aimée
Par toi j'ai son image
Dans ton nuage, fumée

A l'abri du demi-jour
Les lanternes qui se voilent
Sont de petites étoiles
Qui pâlissent tour à tour

Dans le soir au parfum lourd
Au gré de la fumée lente
Le fumeur se représente
Les plus beaux rêves d'amour

Puisqu'on dit que le bonheur
N'existe pas sur la terre
Que l'aile de mes chimères
Puisse nous conduire ailleurs

Au paradis enchanteur
Plein de merveilleux mensonges
Dans l'ivresse de mes songes
J'ai laissé prendre mon cœur

Paroles: Charlys, Guy D'Abzac. Musique: Charlys   1930
entre autres interprètes: Jacques Dutronc & Bambou (1987)
par le bar sven publié dans : poesie
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Jeudi 27 décembre 2007

Parfum exotique


Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne,
Je respire l'odeur de ton sein chaleureux,
Je vois se dérouler des rivages heureux
Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone ;

Une île paresseuse où la nature donne
Des arbres singuliers et des fruits savoureux ;
Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,
Et des femmes dont l'oeil par sa franchise étonne.

Guidé par ton odeur vers de charmants climats,
Je vois un port rempli de voiles et de mâts
Encor tout fatigués par la vague marine,

Pendant que le parfum des verts tamariniers,
Qui circule dans l'air et m'enfle la narine,
Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.


Charles BAUDELAIRE (1821-1867)
par le bar sven publié dans : poesie
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Mardi 25 décembre 2007
Dans ces billets je mettrais en avant les poesies que j'apprecie particulierement.



SENSATION

Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien,
Mais l'amour infini me montera dans l'âme ;
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, heureux- comme avec une femme.


Arthur Rimbaud (1854-1891)
par le bar sven publié dans : poesie
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